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Eatizz, lutter ensemble contre le gaspillage alimentaire

Triooo a rencontré William, le fondateur de l’application Eatizz. Entretien.

 

Pour ceux et celles qui ne te connaissent pas, qui est William Steven?

William : Je suis un de ces français venus au Québec étudier au HEC Montréal et je suis le fondateur de l’application Eatizz. J’ai décidé de rester Montréal par la suite car j’adore cette ville et je suis bien content de ce choix [rires]. A la base, je viens de la région parisienne et je trouve que la vie est beaucoup plus agréable ici. Je suis quelqu’un de très engagé pour l’environnement. Je pense que je fais partie de cette génération qui est sensibilisée aux problématiques environnementales. Dès que j’ai voulu à commencer à travailler, je me suis dit: “ça serait génial si je pouvais être dans ce domaine là.”

 

Triooo: Pour ceux et celles qui ne connaissent pas l’application Eatizz, pourrais-tu la décrire et nous expliquer pourquoi tu as créé cette application?

William : L’application Eatizz est une application mobile gratuite sur iOS et Android qui permet de voir autour de soi des produits qui sont en date limite de vente et à rabais. C’est à dire que quand quelqu’un va sur l’app, il peut voir du plus proche au plus éloigné des commerces qui ont des produits disponibles et qui doivent être écoulés rapidement. L’objectif c’est d’éviter le gaspillage alimentaire de façon “gagnant-gagnant” entre les commerçants et les utilisateurs. C’est moins cher, plus facile et plus écologique. Les commerces avec qui on travaille sont des épiceries, des traiteurs, des boulangeries, des cafés et des petits commerces de quartier. On cherche à travailler avec des PME plutôt que des grosses entreprises. Tant que le commerce vend des produits alimentaires et qu’ils ont des pertes, nous pouvons travailler avec eux. Actuellement, sur Montréal, on a une centaine de commerces et environ 15,000 utilisateurs.

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Triooo : Est-ce que Eatizz vise tout type de client?

William : C’est pour n’importe qui, ça ne se limite à personne. À partir du moment où vous voulez acheter des produits moins chers et faire de bonnes actions pour l’environnement, Eatizz se positionne comme solution.

 

Triooo : Eatizz offre-t-il une solution aux collectivités?

William : Nous avons eu des retours positifs de la part des centres communautaires. Moisson Montréal et les banques alimentaires disent que depuis 2009 le nombre de personnes qui dépendent d’eux ne fait qu’augmenter. C’est une vraie problématique. Donc quand ils voient des solutions comme la notre apparaître, ils trouvent ca complémentaire. Ca leurs permet d’aider encore plus les gens qui dépendent d’eux.

 

Triooo: D’où t’est venue l’idée de créer ton application?

William: Il y a vraiment eu toute une démarche pour avoir cette idée. Comme j’étais au HEC Montréal en entrepreneuriat, il fallait je rentre dans ce programme avec une idée. Et pour commencer, je me suis basé sur ce que je lisais sur internet; c’est à dire “partir de soi-même”, “qu’est-ce qui nous pose problème”, “qu’est-ce qui nous tient à coeur”. Un projet, si ça ne nous représente pas, on ne le tient pas des années. Donc trouver quelque chose qui me correspondait était l’objectif.

Et un jour, alors que je faisais mon épicerie, j’ai pris un produit à 50% de rabais (ceux qui sont en date limite) et je me suis demandé si c’était possible d’avoir directement chez soi de l’information sur ces produits. Et c’est de là qu’est partie l’idée. Par la suite, j’ai fait quelques recherches pour voir s’il y avait d’autres types de commerces avec cette problématique. J’ai été leurs demandés si eux aussi pouvaient faire des rabais sur leurs produits en date limite. Et voilà comment est née Eatizz.

 

Triooo : L’idée d’en faire une application t’est-elle venue dès le début?

William : Oui. On aurait peut-être pu faire un site internet mais avertir les gens avec des courriels, ce n’est pas très réactif. Surtout si les produits doivent être écoulés en quelques heures. Alors qu’aujourd’hui une notification, ça va vite. Ça peut même sonner. Donc comme on est sur du très court terme, cette réactivité a été décisive dans notre choix.  

 

Triooo: Quels sont les meilleurs moyens à notre portée pour lutter contre le gaspillage alimentaire?

William: L’endroit où l’on peut le mieux lutter contre le gaspillage, c’est la maison. C’est celui qui a le plus d’impact sur l’environnement. En moyenne au Canada, un aliment a fait 2500 kilomètres avant d’arriver dans notre assiette. C’est énorme. Donc éviter de gaspiller à la maison est un excellent moyen d’agir pour pour l’environnement. Après, pouvoir faire ses courses plus souvent permet d’acheter ce qui est vraiment nécessaire. Si on va faire ses course tous les deux jours par exemple, il est plus compliqué de gaspiller car on est moins porté à laisser des produits dans le frigo. Encore mieux, si tu planifies tes repas, tu es sûr de tout consommer car tu as ta liste de courses en fonction de ce que tu vas manger et tu sais que tu vas tout consommer. Tu évites donc de gaspiller.

 

Triooo : Est-ce que tu penses que c’est un changement de mentalité difficile à opérer?

William : Ça reste difficile parce que les gens ont leurs habitudes, et c’est ce qu’il y a de plus difficile à changer. Mais à force de sensibiliser, à force de montrer que ce n’est pas forcément compliqué et que ça apporte du plus, les gens vont changer. Il faut savoir qu’éviter de gaspiller à la maison, ça a aussi un impact financier. Un ménage Québécois moyen, c’est à dire de 4 personnes, jette par année environ 1,450$… ça en fait des cadeaux de Noël en plus!

Quand on y pense, 50% du gaspillage alimentaire dans les pays développés se fait à la maison… ce n’est pas dans les industries, mais à maison qu’on gaspille le plus. On ne se rend pas compte car on se dit “c’est un petit truc”, mais si des milliers de personnes jettent 10% de ce qu’ils ont acheté, c’est énorme. Ça représente des quantités beaucoup plus grosses que ce qu’un supermarché pourrait jeter. En réalité, une épicerie va perdre environ entre 3 et 5% de leurs produits alimentaires total, mais à la maison, si toi tu jettes 10% de ce que tu as acheté, au final tu gaspilles 2 à 3 fois plus que le supermarché. (proportionnellement) Si tout le monde agit comme ça, ça s’accumule…

 

Triooo : Est-ce que cette aventure entrepreneuriale t’a fait changer tes habitudes alimentaires?

William : Au fur et à mesure, j’ai changé mes habitudes avec les dates limites de vente. Il y a des produits que je mange et qui sont passés date depuis un an! Évidemment, pas les fruits et légumes mais quand je vois une boîte de conserve ou quelque chose d’équivalent avec une date expiré, je vais l’ouvrir, goûter, sentir et si il y a un problème, alors oui je vais le jeter. Mais si je ne vois rien, sens rien et que tout est bon au goût alors je vais le manger. Depuis que je fais ca, il ne m’est jamais rien arrivé [rires].

 

Triooo : Et comme Éric Ménard nous le disait, les dates d’expiration des aliments ne reflètent pas toujours leur durée de vie…

William : Exact, on parle simplement de “la date de fraîcheur” maximale. C’est tout! Je ne dis pas juste ça parce que je suis Français [rires] mais il y a des produits passés de date qui sont encore meilleurs comme certains fromages.

 

Triooo : Des vins surtout, tu peux les laisser passer de date assez longtemps!

William : Oui. Et puis, un vinaigre ne va pas pourrir, ou le miel par exemple n’expire pas. C’est incohérent qu’il y ait une date limite de consommation sur le miel, c’est un des seuls aliments qui ne pourrit jamais.

 

Triooo : Ils ont même trouvé du miel dans des sarcophages Égyptiens!

William: C’est certain qu’il y a des conditions de conservation à respecter: si c’est dans du verre bien fermé, tu peux le laisser là 50 ans!

 

Triooo : Merci William pour tes commentaires. Conclusion, mangez du miel!

 

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