[Partie 1] : Éric Ménard, leader engagé contre le gaspillage alimentaire

Pendant plus d’une heure, nous nous sommes entretenus avec Éric Ménard, véritable expert et leader reconnu dans la lutte contre le gaspillage alimentaire au Québec. Il retrace avec nous son parcours, ses initiatives et sa réflexion sur le sujet avec passion et détermination.

Triooo : Bonjour Éric, pour ceux qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter?

Je suis expert et leader en lutte au gaspillage alimentaire. J’ai commencé à me spécialiser dans cette voie lorsque j’étais en maîtrise en environnement à l’Université de Sherbrooke et, en 2012, j’ai choisi le gaspillage alimentaire comme sujet pour mon essai de maîtrise. Comme il n’y avait pas vraiment d’expertise dans ce domaine au Québec, je suis devenu l’expert attitré alors que ce n’était pas vraiment prévu au départ. Mais j’ai tout de suite pris conscience qu’il y avait vraiment un besoin, un vide à combler.

Triooo : Est-ce ce vide qui t’a poussé à prendre le gaspillage alimentaire comme sujet d’étude, ou t’intéressais-tu déjà au problème?

Les deux. J’ai toujours été très intéressé par les enjeux entourant la consommation et l’alimentation, j’ai donc cherché un sujet qui pouvait réunir ces deux sphères. J’ai eu un genre de “flash” à propos du gaspillage alimentaire, en me demandant s’il existait des recherches sur le sujet. Et j’ai aussi horreur du gaspillage, ça me brise le coeur de voir de la nourriture être jetée. Puis je me suis rendu compte qu’il y avait vraiment un manque d’information par rapport à ça, à la fois au Québec, puis au Canada. Plus je creusais, plus je me rendais compte de l’importance du vide à combler et qu’il y avait du travail à faire.

Triooo : Revenons à ton essai sur le gaspillage alimentaire, terminé en 2013, pourrais-tu nous faire un court résumé pour nous le présenter?

L’objectif de départ était de faire un lien entre le gaspillage alimentaire et l’insécurité alimentaire. Les enjeux sociaux m’intéressent énormément, j’ai donc essayé de prendre cet angle-là dans mon essai, ce qui a eu pour effet de donner une portée plus grande à mon travail et a suscité plus d’intérêt en le rendant accessible à un plus grand nombre. L’idée était d’élaborer des ponts entre les aliments gaspillés en grandes quantités et la population dans une situation difficile qui n’arrive pas à mettre de la nourriture dans son assiette. Je souhaitais faire un portrait du gaspillage alimentaire au Québec dans l’optique de trouver des solutions à ces problématiques, notamment nourrir des gens dans le besoin. C’était un peu la porte d’entrée pour étudier plus en profondeur la question de notre situation au Québec en matière de gaspillage alimentaire puis de lutte contre ce gaspillage.

Triooo : Cela peut paraître étonnant qu’en 2013 il n’y ait pas de sensibilisation sur ce sujet?

Il existait depuis longtemps des organismes qui faisaient du dépannage alimentaire en récupérant de la nourriture autrement vouée à être gaspillée pour la redistribuer à des personnes dans le besoin.

Cela dit, la vaste majorité d’entre eux ne le faisaient pas sous couvert de la lutte contre le gaspillage alimentaire. À l’époque, j’avais interviewé Moisson Montréal et leur réponse était catégorique : “on ne fait pas de lutte contre le gaspillage alimentaire, on lutte contre l’insécurité alimentaire”. À peine quelques années plus tard, ils ont changé de discours lorsqu’ils ont mis sur pied leur Programme de récupération en supermarchés J’ai trouvé ça drôle dans le sens où ils ont finalement constaté qu’il y avait en fait une opportunité dans ce domaine là et ils en ont profité pour se repositionner. Mais même avant ce programme en supermarchés, Moisson Montréal était déjà, et de loin, le plus gros récupérateur de nourriture au Québec, peut-être même du Canada.

Trioooo : D’autres organismes estampillés “lutte contre le gaspillage alimentaire” étaient-ils présents à cette époque?

Il y avait la Tablée des Chefs avec leur programme de courtage en alimentation durable. Également Sauve Ta Bouffe, une branche des AmiEs de la Terre de Québec, qui fait de la sensibilisation citoyenne sur le gaspillage. Mais à part ces organismes, il n’y avait pas grand-chose d’autres. Heureusement, en 2013, et c’est une coïncidence car je venais de finir d’écrire mon essai, la conjoncture a fait qu’un mouvement s’est mis en marche avec de nombreuses initiatives naissantes. SecondLife était un des premiers à s’attaquer aux fruits et légumes “moches” au Québec. D’autres organisations sont apparues dans les années suivantes, dont BonApp, Eatizz, Fooducoin (maintenant Triooo), etc. et c’est pourquoi j’ai fondé le RÉGAL (RÉseau contre le Gaspillage ALimentaire à Montréal) en septembre 2016.

Triooo : Justement, parle nous du RÉGAL, quel est son but?

Avec la naissance de toutes ces nouvelles initiatives, je voyais qu’il y avait un risque de dédoublement des actions entreprises. Souvent, celles-ci n’étaient pas connues du grand public ou bien encore les acteurs ne se connaissaient pas entre eux et restaient dans leur coin. La compétition n’a pas lieu d’être dans ce très vaste domaine, il y a amplement de la place pour tout le monde. J’ai donc voulu, dans un premier temps, que les personnes apprennent à se connaître entre eux et travaillent ensemble ou du moins le plus possible en complémentarité. Je voulais également les faire connaître auprès de la communauté, du public et des organismes existants. C’est vraiment ça l’idée du RÉGAL, rendre la lutte contre le gaspillage alimentaire plus efficace et plus coordonnée entre les acteurs par la concertation et l’union des forces.

 

Vous pourrez retrouver la deuxième partie de notre entrevue la semaine prochaine où nous parlerons des préconisations et des actions à mener selon Éric Ménard pour lutter contre le gaspillage alimentaire, que vous soyez particuliers, professionnels ou restaurateurs. Et pour ne pas la manquer, n’hésitez pas à vous abonner à notre infolettre !

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